On aperçoit des vagues mourir sur la plage.
VOIX-OFF DE MARINE ADOLESCENTE : J’ai appris à
aimer la mer qui est le symbole de la liberté et de l’évasion.
Elle a même permis au plus féerique de mes rêves
de se réaliser. D’ailleurs, pour qu’un rêve
devienne réalité, il faut d’abord le rêver.
Rien n’est impossible à condition d’y croire et de
s’en donner les moyens. Même à une petite
banlieusarde, qui rêvait seulement d’espace et
d’épanouissement, de permettre non seulement à
son plus beau rêve de devenir une réalité, mais
contre toute attente, celui-ci à tellement dépassé
son imagination qu’elle est devenue une vraie sirène…
On aperçoit ensuite un vieil homme, alors que Marine est
assise en train d’écrire sur un bureau.
Victor : Marine, fais voir !
Marine : Non, c’est perso.
Victor : J’aime les mots qui sont écrits
avec l’encre de Marine.
Marine : Tu sais ? Je ne suis pas Victor Hugo.
Victor : Moi, j’ai un point commun avec lui.
Marine : C’est quoi ?
Victor : Le prénom.
Marine : C’est déjà pas si mal.
Victor : C’est rien. Toi, tu écris mieux
que lui.
Marine : Tu plaisantes ? C’est un grand écrivain
et je ne suis qu’une enfant.
Victor : Justement. Les mots d’une fillette sont
plus sincères et plus touchants que ceux qui sont écrits
par le Mozart de l’écriture.
Marine : Tu crois que j’ai un autre point commun
avec lui.
Victor : Oui.
Marine : Lequel ?
Victor : Tes parents sont des misérables.
Marine : Pourquoi ?
Victor : Ils ne veulent pas que tu réalises ton
rêve.
Marine : C’est quoi ?
Victor : Devenir une navigatrice.
Marine : Oh, oui ! Ce serait génial ! J’ai
besoin de croire à mon rêve. J’ai besoin de croire
à mon rêve. J’ai besoin de croire à mon
rêve…
On aperçoit la mère de la fillette, alors que Marine
est couchée dans son lit en dormant à poings fermés.
Sylvie : Marine. Marine. Réveille-toi ! Il est
l’heure.
Marine : Laisse-moi dormir. Je suis fatiguée.
Sylvie avance jusqu’à la fenêtre et elle ouvre les
volets.
Sylvie : Que tu dormes ou pas, je ne vois pas la
différence.
Marine : Pourquoi tu dis ça ?
Sylvie : T’es toujours en train de rêver.
Marine : Bah, quoi ! Je ne fais de mal à
personne.
Sylvie : Si ! A toi ! Tu te déconnectes de la
réalité, ma pauvre fille.
Le père de Marine rentre dans la chambre de sa fille.
Emmanuel : Ta mère à raison. La vie n’est
pas toujours aussi simple…
Sylvie : …Et aussi belle que dans les rêves.
Marine : Si c’est pour me dire ça, ce
n’était pas la peine de me réveiller. Quand je
dors, le monde devient merveilleux. Ce n’est pas comme ici ?
Emmanuel : Ne sois pas insolente avec ta mère.
Sylvie : Cette petite ne respecte rien, ni personne. A
part ses rêves, bien sûr...
Emmanuel : Tu ne peux pas vivre dans l’illusion.
A moins de dormir tout le temps...
Sylvie : Toi, tu es réaliste au moins. T’es
pas comme ta fille. Et toi, dépêche-toi. On va chez ton
grand-père.
Marine : Je suis contente. Je vais bientôt le
connaître. Il est comment ?
Sylvie : Il est comme toi. C’est un rêveur.
Marine : Ah, ah, ah ! (Rire
vexé.)
On aperçoit la voiture roulée en extérieur jour
et l’on entend la voix de Marine :
VOIX-OFF DE MARINE ENFANT : J’ai un étrange
pressentiment. Je ne sais pas pourquoi, mais j’ai l’impression
que je ne reverrais plus jamais mes parents. C’est curieux,
mais je ne suis pas triste. Je suis sûr que je vais être
heureuse, mais heureuse...
On aperçoit en extérieur jour Marine avancer en
compagnie de ses parents jusqu’à une vieille maison.
Emmanuel frappe à la porte qui est aussitôt ouverte par
un vieil homme.
Emmanuel : Bonjour, papa.
Victor : Bonjour, fiston.
Les deux hommes se font la bise.
Victor : Bonjour, Sylvie.
Sylvie : Bonjour.
Victor et Sylvie se font la bise.
Victor : Bonjour, Marine. Je suis content de te
connaître.
Marine : C’est pareil pour moi, grand-père.
Victor prend la petite fille dans ses bras et il l’embrasse.
Victor : Tu es adorable, ma puce. Je t’aime déjà.
Marine : Moi aussi, monsieur.
Victor : Non, il ne faut pas dire « monsieur »,
mais « papy ». Si tu ne veux pas me vexer.
Marine : D’accord, papy.
Victor : Tu comprends très vite.
Sylvie : Je suis contente. Vous allez bien vous
entendre.
Emmanuel : Comme ça, on se culpabilise déjà
moins.
Victor repose la petite fille.
Victor : Pourquoi tu dis ça ? Viens !
Il faut que je te parle.
Victor et Emmanuel s’éloignent de la vieille demeure en
extérieur jour.
Victor : J’aimerais bien savoir ce que tu as
là-dedans. (Il pointe son index vers la tête de son
fils.)
Emmanuel : Moi… rien.
Victor : Tu te fiches de moi ? Ça fais plus de
dix ans qu’on ne s’est pas vu. Je ne connaissais même
pas la petite. Tu reviens me voir comme par enchantement et tu
décides de me la laisser quelques jours. Pourquoi ?
Emmanuel : Ma femme est malade.
Victor : Et alors ?
Emmanuel : Elle va être hospitalisée.
Victor : Ce n’est pas le cancer. J’espère…
Emmanuel : Non, c’est pire que ça. Sylvie
est malade du cerveau et ce n’est pas une tumeur. Si tu vois ce
que je veux dire…
Victor : Tu veux dire qu’elle est folle ?
Emmanuel : Oui, papa. Marine sera mieux chez toi. Son
psychiatre préfère qu’elle soit internée
pendant quelque temps.
Victor : Et toi ? Tu ne peux pas t’en
occuper ?
Emmanuel : Bah, non… J’ai une copine.
Victor : Bravo ! Belle mentalité…
Emmanuel : Ce n’est pas de ma faute. Elle ne
supporte pas les mômes.
Victor : C’est ça… T’es un
petit saint.
Emmanuel : Tu n’as pas à me juger. Quand
Sylvie ira mieux. Elle viendra rechercher sa fille.
Victor : Pourquoi « sa » fille.
Elle l’a faite toute seule.
Emmanuel : Non ! Mais je n’aime pas les
enfants.
Victor : C’est vrai, tu es né à 20
ans…
Emmanuel : Et alors ?
Victor : Tu n’aimes que toi.
Emmanuel : Je vais y aller. Je crois que ce n’est
pas la peine que je reste pour déjeuner.
Victor : C’est vrai et en plus, j’ai une
invitée de marque : « ma » petite
fille.
Emmanuel : C’est bon. Je me sauve.
Victor : Je ne te retiens pas.
Emmanuel : Tu viens, Sylvie ? (Il crie pour
appeler sa femme.)
Sylvie vient les retrouver en extérieur jour.
Sylvie : On va y aller. Merci de garder la petite.
Victor : Il n’y a pas de quoi. Si je le fais,
c’est seulement pour elle.
Sylvie : Je peux quand même vous faire la bise ?
Victor : Oui. Quand même…
Sylvie et Victor s’embrassent.
Emmanuel : Sylvie. Dépêche-toi ! Il
faut qu’on y aille.
Sylvie : C’est bon, j’arrive.
On aperçoit la petite Marine qui est filmée en gros
plan.
Marine : Et moi ? Je n’ai pas le droit aux
bisous ?
Emmanuel : Désolé, Marine. On n’a
pas le temps. (Il fait le geste de la main pour lui envoyer un
baiser.)
Sylvie : Moi aussi, je t’embrasse. (Elle fait le
même geste que son mari.) Je t’écrirais quand je
serais en Guadeloupe.
La petite fille est de nouveau filmée en gros plan.
Marine : Pauvres idiots…
On aperçoit en extérieur jour la voiture qui est filmée
en train de repartir. Juste après, Marine est filmée en
gros plan en train de pleurer. Victor vient la voir et il se baisse
pour être à la hauteur de sa petite fille.
Victor : Ne pleure pas, ma puce. Ils n’en valent
pas la peine.
Marine : Ce ne sont pas des larmes de tristesses…
mais de bonheur.
Victor : Comment ça ? T’es contente
de les voir partir.
Marine : Oui, mais surtout de t’avoir rencontré.
Victor : Ça mérite un bisou.
Victor prend la petite fille contre lui et il l’embrasse en la
serrant très fort.
Victor : Maintenant. Une nouvelle vie commence pour
toi.
Marine : Tu te trompes. Ce n’est pas une nouvelle
vie. Je viens de naître…
Victor : Ah, ah, ah. Je suis
le premier homme à accoucher d’une petite fille.
Marine : Ton accouchement a duré 6 ans.
Victor : Oui. Six ans pour voir cette petite frimousse.
Marine : T’avoueras que ça valait le coup
d’attendre…
Victor : Wouah ! La modestie.
Marine : Ce n’est pas de ma faute, si j’ai
ce défaut.
Victor : Ah, bon ? C’est de la faute de
qui ?
Marine : Ah, toi. Les défauts sont héréditaires.
Victor : Attend voir que je t’attrape...
Victor court en extérieur jour après sa petite fille
pour chahuter et au bout d’une longue course, ils arrivent tous
les deux en haut des falaises. Son grand-père la rattrape et
il l’a fait tomber par terre.
Victor : Tu vas voir, petite peste. Je vais t’apprendre
à me manquer de respect.
Victor tient l’enfant qui est allongée par terre et il
se met à la chatouiller, alors Marine éclate de rire.
Victor : Je vais te martyriser, moi. Tu vas voir.
Marine : Elles sont agréables tes tortures…
Victor : J’ignorais que ma petite fille était
maso.
Marine : Oh, bah non. Je n’aime pas les gifles de
papa.
Victor arrête brusquement de la chatouiller.
Victor : Pardon ! Ton père ose te frapper ?
Marine : Oui, ça lui arrive. Ce n’est pas
bien grave.
Victor : Si c’est grave. Personne n’a le
droit de te manquer de respect.
Marine : Tu m’aimes bien, alors ?
Victor : Plus que n’importe qui.
Marine : Prouve-le.
Victor : Tu connais le dicton : « Qui
aime bien, châtie bien ». Donc tu as le droit à
ma torture de guilli.
Marine : Non ! Pas ça.
Victor chatouille sa petite fille.
Marine : Ah, ah, ah.
Marine tourne la tête.
Marine : Oh ! Que c’est beau.
Victor : Quoi ?
On aperçoit la mer filmée pendant un court instant.
Marine : La mer, elle est magnifique. Elle est plus
belle que sur les photos.
Victor : Tu ne l’avais jamais vu en vraie ?
Marine : Bah, non ! Ça t’étonne ?
Victor : Il est grand temps que je m’occupe de
toi. Viens, on va la voir de plus près.
On aperçoit les vagues mourir sur la plage et l’on
revoit juste après, Victor qui est filmé en compagnie
de sa petite fille en train de marcher sur le sable.
Marine : Tu crois que je peux aller nager ?
Victor : Tu sais nager ?
Marine : Oui. J’ai déjà été
à la piscine.
Victor : Tu sais, Marine, la mer, c’est
différent. Surtout en cette saison, elle est bien trop froide.
Marine : Tu crois qu’elle est gelée ?
Victor : Même un pingouin ne rentrerait pas dans
l’eau. On est qu’au mois de novembre et en Normandie, le
climat n’a rien à voir avec celui des tropiques.
Marine : Je pourrais me baigner quand il fera plus
chaud ?
Victor : Je te le promets. En attendant, on va faire la
course. Le dernier qui rentre à la maison est un âne ou…
une ânesse.
On aperçoit Victor qui se met à courir en compagnie de
sa petite fille. Marine prend de l’avance sur lui et elle
s’arrête de courir pour attendre son grand-père
qui est épuisé.
Marine : Allez, papy ! On se dépêche.
Victor : Doucement. Je n’ai plus vingt ans.
Marine : Je sais. T’es un vieil âne qui
n’est pas pressé de rentrer à l’écurie.
Victor : Attends un peu que je t’attrape.
Marine : Noooon !
Marine se met à courir en étant poursuivi par son
grand-père.
Marine : Ah, ah, ah.
Victor : Ah, ah, ah.
Marine rentre la première dans la maison en étant
poursuivie par Victor et elle ferme la porte au nez de son
grand-père qui l’ouvre juste après.
Victor : Bravo, Marine ! Je
vois que tu as été bien éduquée, tu me
fermes la porte au nez.
Marine : Excuse-moi, monsieur.
Victor : Mais non, ma puce. Je plaisantais. Par contre
ce qui me dérange, c’est que tu m’appelles
« monsieur », alors que je suis ton grand-père
et que j’ai l’impression de t’avoir toujours connu.
Marine : Oui, moi aussi. Excuse-moi, papy.
Victor : Bravo, ma fille ! Je vois que tu
t’améliores.
Marine : T’es content que je sois là ?
Victor : Oui, mon petit ange. J’ai le privilège
d’être au paradis avant d’être mort.
Marine : T’es pas pressé de mourir ?
J’espère…
Victor : Non, plus maintenant.
Marine : Je suis sûr que tu as été
très malheureux, toi aussi.
Victor : Oui, avant j’étais seul. Personne
ne venait me voir dans la famille.
Marine : J’espère que tu as quand même
des amis.
Victor : Non, des copains. C’est tout.
Marine : C’est quoi la différence ?
Victor : Les amis, c’est très profond. Les
copains, ce n’est pas pareil. On aime bien faire une partie de
cartes avec eux ou se retrouver au café pour passer un moment
sympa. Mais, c’est tout !
Marine : Oui. Je comprends. Et moi, tu crois que je
suis ta meilleure amie ?
Victor : Toi. Tu es ma petite fille et c’est
encore mieux que d’avoir un ami.
Marine : Je suis peut-être la personne qui compte
le plus pour toi ?
Victor : La terre ne serait pas aussi belle, si tu
n’existais pas.
Marine : Tu sais, papy ? J’ai déjà
vu des mappemondes. Je les trouve belles, parce qu’il y a
beaucoup de bleu.
Victor : Le bleu que tu vois sur les mappemondes…
c’est la mer.
Marine : Oui, mais elle est encore plus belle en vraie.
Victor : Tu aimes l’océan ?
Marine : Oui, j’en suis même amoureuse.
Victor : C’est normal.
Marine : Pourquoi tu dis ça ?
Victor : Tu es une petite sirène. Tiens !
Demain, je vais faire un tour en bateau avec un copain. Tu viens avec
nous ?
Marine : Oh, oui ! Je veux venir avec toi.
Victor : Tant mieux ! Comme ça, on aura un
appât pour pêcher les requins…
Marine : Méchant. (Marine frappe son grand-père
pour chahuter.)
Victor : Ah, ah, ah.
On aperçoit en extérieur jour, les vagues qui meurent
sur la plage et l’on voit ensuite Marine marcher en compagnie
de Victor sur le port de la petite ville balnéaire de
Saint-Jacques-sur-Mer.
Victor : Ma chérie. Je vais te présenter
un bon copain. C’est un vieux loup de mer.
Marine : C’est quoi son prénom ?
Victor : Laurent.
Marine : Mouais ! C’est joli. Mais ça
ne fait pas vraiment nom de marin.
Victor : C’est sûr. Ce n’est pas
comme Marine.
Victor met son bras autour de sa petite fille et ils avancent tous
les deux vers le bateau. On entend une voix qui appelle le vieil
homme.
Laurent : Victor. Victor.
Le grand-père se retourne et il voit Laurent à côté
de son bateau.
Victor : Laurent. Comment vas-tu vieux pirate ?
Laurent : Très bien et toi ? Qui est cette
petite demoiselle ?
Les deux hommes se serrent la main.
Victor : Je te présente Marine.
Laurent : Bonjour, Marine. Je suis content de te
connaître.
Marine : Bonjour, monsieur.
Laurent : Tu sais ? Tu peux me tutoyer et
m’appeler Laurent.
Marine : Si tu veux.
Victor : Tu ne trouves pas que Marine est la plus
adorable des enfants.
Laurent : C’est vrai qu’elle est mignonne.
Je suis d’accord avec toi, même si tu es le plus chauvin
des grands-pères.
Victor : Comment as-tu deviné que c’est ma
petite fille ?
Laurent : Elle te ressemble trop.
Victor : Je suis flatté, mais tu vas vexer
Marine si tu la compares à un vieillard comme moi.
Marine : Je ne suis pas d’accord avec toi. Ce
compliment est élogieux.
Victor : Je n’en reviens pas.
Marine : Tu sais, papy ? Je ne suis pas une
idiote. J’ai du vocabulaire.
Victor : Ce n’est pas ça qui me surprend.
Marine : C’est quoi, alors ?
Victor : Que tu sois flattée d’être
comparée à un vieillard.
Marine : Ce n’est pas vrai. Tu n’es pas
vieux et tu ne le seras jamais.
Victor : Pourquoi dis-tu ça ?
Marine : Je ne veux pas que tu meures. Jamais, jamais,
jamais…
Marine prend la jambe de son grand-père et elle la sert contre
elle. Victor met ensuite sa main dans ses cheveux pour les caresser.
Laurent : Et toi, la petite ? Tu as peur du
mourir ?
Marine : Bah, non !
Laurent : C’est ce qu’on va voir...
Marine : J’ai peur de rien.
Laurent : Tu feras moins la fière quand tu seras
sur les vagues.
Marine : Pourquoi ?
Laurent : Tu vas connaître le mal de mer.
Victor : Tu sais, Laurent ? Ma petite fille est
courageuse.
Laurent : C’est possible qu’elle ait le
même caractère que toi…
Victor : Marine est une sirène. Elle va te le
prouver.
Laurent : Allez ! Ouste ! Tout le monde sur
le bateau.
On aperçoit les trois navigateurs monter sur le voilier et
l’on voit Laurent qui tient la barre et le bateau commence à
naviguer. Marine est ensuite filmée en gros plan.
Marine : Qu’est-ce que je suis contente.
Laurent : Profites-en !
Victor : Tu sais, Marine ? Tu ne connais pas
encore la mer.
Marine : Oui, mais je suis heureuse.
Victor : C’est vrai ?
Marine : Je n’ai jamais été aussi
bien.
Laurent : Tu n’as pas peur ?
Marine : Non, je ne suis pas une froussarde.
Laurent : Tu seras moins téméraire tout à
l’heure. Crois-moi !
Marine : Je peux conduire le bateau ?
Laurent : On ne dit pas « conduire »
mais « naviguer ». Allez ! Viens prendre
le gouvernail.
Marine se lève et elle s’assoit à l’arrière
du bateau.
Marine : Comment on fait pour naviguer ?
Laurent : Je vais t’expliquer : le
gouvernail sert à orienter le bateau soit à droite,
soit à gauche. Il faut aussi faire attention aux voiles…
La musique du film remplace les explications de Laurent et on le voit
à côté de Marine en train de lui apprendre les
bases de la navigation. On aperçoit ensuite le ciel grisonnant
qui est filmé en gros plan pour montrer que le temps se gâte.
On voit le bateau tanguer au milieu de vagues qui sont assez
imposantes.
Laurent : Donne-moi la barre, petite. La tempête
commence à se lever.
Marine : Non, s’il te plaît. Ça
devient marrant.
On revoit ensuite le bateau filmé au loin, alors qu’il
est au milieu d’une petite tempête.
Laurent : Cette gamine m’impressionne.
Victor : On dirait qu’elle a fait ça toute
sa vie.
On revoit le bateau qui est filmé de l’extérieur
et l’on peut remarquer que la tempête s’est calmée.
Laurent : T’es très douée, Marine.
Je crois même que tu pourras faire de la compétition
quand tu seras plus grande.
Marine : Oui, j’aime la mer. C’est elle…
ma vraie maman.
Victor : Pourquoi dis-tu ça ?
Marine : Je renais sur l’eau.
Victor : C’est pour toi une deuxième
naissance ?
Marine : Oui. Je suis heureuse… mais heureuse.
On aperçoit ensuite le bateau rentrer au port et on voit
Laurent jeter l’ancre.
Victor : Je ne suis pas mécontent de revoir le
plancher des vaches.
Marine : Papy, tu n’aimes pas naviguer ?
Victor : Non, je n’aime pas beaucoup ça.
Marine : Alors pourquoi tu fais du bateau ?
Victor : Pour faire parler les bavardes.
Marine : Non, s’il te plaît. Dis-moi
pourquoi ?
Victor : C’est pour passer un moment sympa avec
Laurent. Il est toujours occupé. Il n’y a que sur son
bateau qu’on peut être tranquille.
Marine : C’est un bon copain ?
Victor : Ouais. C’est un vrai pote.
Laurent : Allez ! Vous venez ?
Victor : On te suit.
Ils descendent tous les trois du bateau et Victor prend sa petite
fille dans ses bras.
Victor : Voilà, ma puce. (Victor la dépose
par terre.)
Marine : Merci, papy.
Victor : Alors ! T’es contente d’être
venu avec nous.
Marine : C’était génial ! Je
préfère être ici qu’à l’école.
Victor : Pourtant tu vas bientôt retourner en
classe.
Marine : Pourquoi faire ?
Laurent : Tous les enfants vont à l’école.
C’est obligatoire.
Marine : C’est débile. C’est de la
dictature.
Victor : Ah, ah, ah.
Laurent : Ah, ah, ah. L’école,
c’est important, tu sais ?
Marine : Tu crois ?
Victor : Laurent a raison.
Laurent : Et puis regarde le bon côté des
choses. Tu vas avoir de nouvelles copines.
Marine : C’est vrai. Et puis, je vais aussi avoir
des nouveaux copains.
Laurent : Ne dis pas ça. Ton grand-père
va être jaloux…
Marine : Ah, ah, ah.
Victor : Ah, ah, ah. Très
drôle. (Rire vexé.)
On aperçoit l’école primaire de
Saint-Jacques-sur-Mer qui est filmée en extérieur jour,
ainsi qu’en gros plan et on entend les commentaires de la
petite fille.
VOIX-OFF DE MARINE ENFANT : J’aime bien l’école,
enfin non… pas vraiment. Mais j’aime bien ma maîtresse,
car Mademoiselle Fretzer est très belle, elle est jeune et
puis surtout, elle est vraiment gentille.
On aperçoit en intérieur jour, la maîtresse qui
est filmée dans sa classe ; la jeune femme est au tableau
pour expliquer une règle de conjugaison.
Mademoiselle Fretzer : Peux-tu me dire Marine par
quelle lettre se termine le mot « bateau » ?
Marine : Je n’en sais rien. Il y a peut-être
un s à la fin ?
Les élèves : Ah, ah, ah !
Mademoiselle Fretzer : Pourquoi trefuses-tu de
travailler ?
Marine : Parce que l’école ça ne
sert à rien.
Mademoiselle Fretzer : Quoi que tu en penses, c’est
très utile.
Marine : Pas pour moi. Je ferais du catamaran quand je
serai grande.
Mademoiselle Fretzer : Et alors ? Je ne vois pas
le rapport.
Marine : Moi, je le vois. Ça ne sert à
rien de savoir écrire quand on fait du bateau.
Mademoiselle Fretzer : Détrompe-toi, Marine. Si
tu veux faire partager ta passion à des gens qui ne
comprennent pas les émotions que tu ressens, l’écriture
pourra les convaincre, à condition que tu saches employer les
mots qu’il faut au moment opportun et tu pourras même te
montrer tellement convaincante que tu auras le pouvoir de les faire
rêver en leur faisant partager les joies que tu ressens au fond
de ton cœur. Tu comprends ?
Marine : Oui, enfin… je crois. Si j’ai
bien compris ça veut dire que l’écriture évite
à quelqu’un d’être égoïste.
Mademoiselle Fretzer : Oui, car grâce à
ça, tout le monde comprendra mieux ta passion.
Marine : Ça y est ! J’ai compris
Mademoiselle Fretzer.
On aperçoit la maison du grand-père filmée en
extérieur jour pendant un court instant. On voit ensuite
Marine filmée en intérieur jour dans la cuisine, la
petite fille est assise sur la table en train d’écrire
un message sur une feuille de papier.
Victor : Qu’est-ce que tu écris Marine ?
Marine : Ah ! C’est une surprise !
Victor : C’est pourtant pas mon anniversaire.
Marine : Raison de plus. Quand on aime quelqu’un,
c’est tous les jours son anniversaire. Ecoute, papy.
Victor : Je t’écoute.
Marine : J’avais un papa et aussi une maman, mais
ils m’ont abandonnée. Je suis orpheline sans qu’ils
soient morts, c’est pire que si cela était vrai. Quand
quelqu’un meurt sans nous décevoir, on conserve de lui
un souvenir qui vivra pour toujours et qui restera éternel.
Mes parents ne sont pas morts, mais j’ai enterré leurs
souvenirs dans les catacombes de l’oubli. J’ai même
failli me noyer dans les larmes de mon chagrin, mais papy m’a
sauvé de la noyade et je suis devenue une sirène qui
adore la mer. Je sais qu’il n’aime pas la voile, mais
quand on aime quelqu’un, on doit respecter sa passion, car on
veut que la personne qu’on aime soit heureuse et c’est
seulement si elle le devient qu’on le devient aussi. Et je veux
réussir pour que tu sois fier de moi de façon à
ce que j’arrive à ta hauteur en escaladant cette
montagne d’amour. Rien que d’y penser, cela me donne le
vertige, tellement je t’admire.
Je t’aime papy.
Marine.
Le visage du grand-père est filmé en gros plan en train
de pleurer.
Victor : C’est magnifique !
Marine : Mais ! Tu pleures !
Victor : Rien n’est plus beau que les mots qui
sont écrits avec l’encre de Marine.
Marine : Oui, mais ça ne s’écrit
pas pareil que l’ancre des marins.
Victor : Oui, mais moi… Je préfère
le mot « encre » avec un E. C’est
tellement plus joli que les vulgaires morceaux de ferrailles qu’on
trouve sur les bateaux.
Marine : Je savais que tu allais dire ça, parce
que tu n’aimes pas naviguer.
Victor : Mouais, c’est vrai. Ton poème dit
bien que lorsqu’on aime quelqu’un, on doit respecter sa
passion.
Marine : Oui, papy. C’est ce que j’ai voulu
dire.
Victor : Tu sais, Marine ? Ça fait un petit
moment que j’y pense. Ça te dirais de prendre des cours
de voile ?
Marine : Oh, oui !
Victor : Et bien ! L’océan va
avoir une sirène de plus.
Marine : Merci, papy. Je t’adore.
Marine se jette dans les bras de son grand-père et elle
l’embrasse.
Victor : J’aime bien te voir heureuse, ma petite
sirène.
Marine : Les requins ont intérêt à
bien se tenir.
On aperçoit Jean-Paul le moniteur de voile qui est entouré
de cinq enfants.
Jean-Paul : Maintenant je vais vous montrer ce nœud
marin. Vous enfilez le bout par là et il repasse de l’autre
côté.
Christelle : Pourquoi tu prends des notes ?
Marine : Parce que ça m’intéresse.
Kevin : Mais nous, on ne le fait pas.
Marine : Oui, mais moi. Je suis passionnée.
Aline : Marine travaille bien en classe depuis quelque
temps.
Marine : Vous vous demandez ce qui m’arrive ?
Astrid : Je sais pourquoi. C’est parce que Marine
apprend à écrire pour envoyer des lettres d’amour
à Kevin.
Kevin : C’est même pas vrai.
Jean-Paul : Tu dois être amoureuse. Pas vrai,
Marine ?
Marine : Non ! Je ne suis amoureuse que de la mer…
Christelle : …Ou de Jean-Paul qui a de
magnifiques yeux bleus.
Les enfants : Ah, ah, ah !
Jean-Paul : Ce n’est pas bien de se moquer de
quelqu’un qui a du goût.
Les enfants : Ah, ah, ah !
Jean-Paul : Assez plaisanté. Tous aux voiliers.
Les enfants : Aaaaah !
Jean-Paul avance en direction des dériveurs en compagnie des
enfants.
Jean-Paul : Allez, hop ! On court. La première
qui arrive sur son dériveur est une sirène.
On voit tous les enfants courir en compagnie du moniteur à
l’exception de Kevin qui reste sur place.
Jean-Paul : Pourquoi tu ne cours pas ?
Kevin : Je ne veux pas devenir une sirène. Je ne
suis pas une fille.
Jean-Paul : Je te comprends Kevin. Moi, je triche. Je
cours au ralenti.
Christelle : Oh ! Ce qu’il est galant.
Astrid : Ah, ah, ah.
Les enfants arrivent tous sur leurs petits dériveurs à
l’exception de Kevin.
Jean-Paul : Allez ! Viens ! Tricheur.
Kevin : J’arrive.
On aperçoit Kevin qui se met à courir pour aller le
plus rapidement possible sur le voilier et il les rejoint très
rapidement.
Jean-Paul : C’est bon. Nous sommes tous là.
Vous allez bien écouter mes conseils. On tire dans un premier
temps sur le grand phoque, ensuite vous…
On aperçoit ensuite tous les bateaux qui sont prêts à
partir. Le dériveur sur lequel Marine est aux commandes
démarre au quart de tour comme si elle avait fait ça
toute sa vie, alors que les autres enfants ont beaucoup de mal à
partir.
Astrid : On voit qu’elle a l’habitude.
Jean-Paul : Non ! C’est son premier cours.
Astrid : Qu’est-ce qu’elle est douée !
Jean-Paul : T’es modeste avec elle. Cette fille,
c’est une surdouée de la mer.
On aperçoit les dériveurs qui avancent sur l’eau
et l’on peut remarquer que celui où se trouve Marine
possède une large avance sur les autres bateaux.
VOIX-OFF DE JEAN-PAUL : Je n’avais
jamais vu ça. Marine a la navigation dans le sang. Je ne
pensais pas que quelqu’un puisse posséder un don aussi
exceptionnel.
On aperçoit ensuite Marine en extérieur jour et l’on
peut remarquer que c’est maintenant une adolescente d’une
quinzaine d’années.
VOIX-OFF DE JEAN-PAUL : Marine a bien
grandi, ce n’est pas encore une femme, mais ce n’est déjà
plus une enfant. Grâce à elle, j’ai la fierté
d’avoir formé une championne, mais pour être
honnête, je n’ai pas beaucoup de mérite. Il faut
avouer qu’elle est tout simplement GENIALE !
Kevin marche dans le centre ville de Saint-Jacques sur Mer et il est
suivi par Marine.
Marine : Kevin, Kevin.
Kevin : Laisse-moi. Je suis pressé.
Marine : Pourquoi t’arrêtes les cours de
voile ?
Kevin : T’es ma mère ?
Marine : Non.
Kevin : Alors ça ne te regarde pas.
Marine : Pourquoi t’es aussi agressif ?
Kevin : Je n’ai pas envie d’en parler.
Marine s’arrête de marcher et elle est filmée en
gros plan.
Marine : Kevin.
On voit Kevin qui continue à avancer et l’on revoit
ensuite Marine qui est filmée en gros plan alors qu’elle
reste sur place.
Marine : Je t’aime.
Kevin s’arrête subitement de marcher.
Kevin : T’es sincère ?
Marine : Oui, je t’aime.
Kevin : Prouve-le.
Kevin et Marine se rejoignent et ils s’embrassent sur la
bouche.
Marine : Tu me crois maintenant ?
Kevin : J’ai encore un doute...
Marine : Tu veux une autre preuve ?
Kevin : Oui. Je veux bien.
Les deux adolescents s’embrassent de nouveau sur la bouche. On
aperçoit ensuite un magnifique coucher de soleil au-dessus de
la plage. Kevin avance en compagnie de Marine et les deux amoureux se
tiennent par la main en marchant sur la plage déserte.
Marine : Tu vois ? Tu m’as pardonnée.
Kevin : Pardonné de quoi ?
Marine : D’être meilleure que toi à
la voile.
Kevin : Ce n’est pas ce que tu crois.
Marine : Si ce n’est pas ça. Dis-moi
pourquoi t’as arrêté les cours ?
Kevin : J’ai fait de la voile pour faire plaisir
à mes parents. J’en avais marre de me forcer, ce n’était
pas ma passion. Voilà, c’est tout.
Marine : Tu n’aimes pas ça ? Alors
pourquoi tu en as fait pendant dix ans ?
Kevin : C’était pour être avec toi.
T’étais loin de te douter que je t’aimais en
secret.
Marine : Pourquoi tu ne me l’as jamais dit ?
Kevin : Je suis plus timide que tu le crois.
Marine : Je ne le savais pas. T’es moins timide
avec les autres filles…
Kevin : Oui, mais toi. Tu m’impressionnes.
Marine : J’ai un admirateur ?
Kevin : Je suis le premier adhérent à ton
fan-club.
Les deux amoureux s’embrassent sur la bouche et l’on
revoit ensuite Marine qui est en train de prendre son petit-déjeuner
tout en lisant un quotidien. Son grand-père la rejoint dans la
cuisine.
Victor : Bonjour, ma chérie.
Marine : Hello, papy.
Victor s’approche de sa petite fille et il l’embrasse.
Victor : C’est intéressant ce que tu lis ?
Marine : Ouais, c’est super. Il parle du vent de
la Transat qui a lieu à Neuville-sur-Mer. C’est dans le
coin. Je vais y aller.
Victor : Tu soutiens quel skipper ?
Marine : Tu sais bien que je soutiens toujours Yvon
Almanec. C’est le meilleur et… le plus beau.
Victor : Je te reconnais bien là…
Marine : Et toi ? T’es pour qui ?
Victor : Je doute que ton skipper finisse premier. Il y
a de bons concurrents cette année.
Marine : Tu parles ? Ce sont tous des tocards.
Victor : Même Marine Philister ?
Marine : Pardon ? (Elle laisse tomber son journal
tellement elle est stupéfaite.)
Victor : C’est elle que je soutiens. C’est
la meilleure.
Marine : Tu veux dire que…
Victor : Je crois que t’as bien compris. Je t’ai
acheté un voilier et pas n’importe lequel.
Marine : Mais tu es fou ? Avec quel argent ?
Victor : J’avais des économies, Marine…
Marine : T’avais ?
Victor : Oui, j’avais…
Marine : Papy ! Je t’adore !
Marine se jette dans les bras de son grand-père et elle
l’embrasse.
Marine : Merci, papy. C’est le plus génial
des cadeaux. Pourquoi tu m’offres ça ?
Victor : Marine. Tu mérites ta chance au plus
haut niveau et c’est un texte qu’une petite fille a écrit
pour moi me l’a rappelé.
Marine : Tu délires ? Ce n’est pas
possible ?
Victor : Je me souviens de ses phrases écrites
lorsque tu avais 6 ans et qui disaient : « J’avais
un papa et aussi une maman, mais ils m’ont abandonnée.
Je suis orpheline sans qu’ils soient morts, c’est pire
que si c’était vrai. Quand quelqu’un meurt sans
nous décevoir, on conserve de lui un souvenir qui vivra pour
toujours et qui restera éternel. Mes parents ne sont pas
morts, mais j’ai enterré leurs souvenirs dans les
catacombes de l’oubli. J’ai même failli me noyer
dans les larmes de mon chagrin, mais papy m’a sauvé de
la noyade et je suis devenue une sirène qui adore la mer. Je
sais qu’il n’aime pas la voile, mais quand on aime
quelqu’un, on doit respecter sa passion, car on veut que la
personne qu’on aime soit heureuse et c’est seulement si
elle le devient qu’on le devient aussi. Et je veux réussir
pour que tu sois fier de moi de façon à ce que j’arrive
à ta hauteur en escaladant cette montagne d’amour. Rien
que d’y penser, cela me donne le vertige, tellement je
t’admire. Je t’aime papy. » C’était
signé Marine. Tu te souviens ?
Marine : Oui, ça nous rajeunit pas… Pas
vrai, papy ?
Victor : Ah, ah, ah. C’est
ça. Moque-toi.
Marine : Ne m’en veux pas. C’est parce que
je t’aime bien...
Victor : Je sais. T’inquiète pas !
Avec toi, j’en ai vu d’autres… Mais par contre, je
n’ai jamais entendu un texte aussi touchant que celui que tu as
écrit avec l’encre de Marine.
Marine : Grâce à toi. L’ancre de
Marine sera sur l’eau et ça c’est super !
Victor : Je te dois bien ça. Ce cadeau…
il y a longtemps que je voulais te l’offrir.
Marine : Je vais être génial. Je vais la
gagner cette course. Je t’adore, mon papydou.
Marine se jette dans les bras de son grand-père et elle
l’embrasse de nouveau.
Marine : Papy. Je vais arrêter les cours de
voile. J’ai plus grand-chose à apprendre. Il va falloir
que je le dise à Jean-Paul.
Victor : Il va perdre sa championne.
Marine : Je le connais. Il sera un peu triste. Je
l’aime trop.
Victor : T’es amoureuse de lui ?
Marine : Non, mais je l’adore. C’est un mec
super.
On aperçoit Jean-Paul qui est filmé en extérieur
jour ; il est en compagnie de ses élèves.
Jean-Paul : Je ne suis pas très content de vous.
Il n’y a que Marine qui s’en est bien sorti comme
d’habitude…
Astrid : On sera en super forme demain. Je te le
promets Jean-Paul. (L’adolescente le charme en prenant une voix
des plus charmeuse.)
Jean-Paul : Ce n’est pas la peine de me faire ton
petit numéro Astrid. Avec moi, ça ne marche pas. Je
peux être plus sévère que tu le penses…
Astrid : J’ai peur… (Elle prend une petite
voix pour se moquer de lui.)
Jean-Paul lui donne une claque sur les fesses.
Astrid : Oh !
Jean-Paul : Fais attention, Astrid. Si tu continues, tu
vas recevoir une fessée.
Astrid s’en va en le regardant de travers tellement elle est
vexée.
Marine : Jean-Paul. Il faut que je te vois. C’est
sérieux.
Jean-Paul : De quoi veux-tu me parler ?
Marine : Ce n’est pas facile à dire…
Jean-Paul : Tu arrêtes les cours ? C’est
ça ?
Marine : Oui. (Elle dit cela en pleurnichant.)
Jean-Paul : Viens, Marine.
Jean-Paul la prend dans ses bras.
Jean-Paul : Je m’en doutais. Je n’avais
plus rien à t’apprendre. Je te regretterai.
Marine : Tu perds ta championne.
Jean-Paul : Je perds avant tout une adorable gamine que
j’ai formée.
Marine : Je te dois tout. Sans toi, jamais je n’aurais
pu faire de la compétition.
Jean-Paul : C’est génial ! Je suis
content pour toi. Mais tu ne me dois rien. T’as un don.
Marine : Que t’as su exploiter.
Jean-Paul : Ça, c’était facile…
Marine, je voudrais que tu me fasses une promesse.
Marine : Quoi ?
Jean-Paul : Je vais te le dire...
Marine : Non ! Laisse-moi deviner. Je suis sûr
que tu veux que je gagne le Trophée Jules Verne.
Jean-Paul : La voyance, ce n’est pas ton truc. Je
veux que tu fasses quelque chose d’encore plus difficile.
Marine : Tu veux rire ? C’est la course la
plus dure.
Jean-Paul : Ce n’est rien à côté
de ce que je vais te demander. Marine, je voudrais avant tout que tu
restes Marine et ça, c’est un exploit beaucoup plus
difficile que de gagner n’importe quelle course.
Marine : Je t’adore. T’es trop mignon
Jean-Paul.
Marine se jette dans les bras de Jean-Paul pour lui faire une
accolade.
Jean-Paul : On se verra toujours ?
Marine : Oh, oui ! Tu ne te débarrasseras
pas de moi aussi facilement.
Jean-Paul : Tu resteras ma petite sœur ?
Marine : Pour toujours.
On aperçoit des catamarans qui sont à quai dans le port
de Neuville-sur-Mer. Marine s’apprête à monter sur
son voilier, lorsque Kevin rejoint sa copine.
Kevin : Marine. Il faut que je te parles.
Marine : Vas-y. Je t’écoute.
Kevin : Je ne veux pas que tu participes à cette
course.
Marine : Ça veut dire quoi ça ?
Kevin : Si tu la fais, je te quitte.
Marine : Entre toi et ça. Mon choix est vite
fait.
Kevin : Tu viens de l’avouer. Tu ne m’aimes
pas.
Marine : Ecoute, Kevin. Quand on aime quelqu’un,
on ne lui demande jamais de choisir entre lui ou sa passion.
Kevin : Tes leçons de moral, tu te les gardes.
Marine : Tu me parles sur un autre ton.
Une adolescente qui est aussi obèse que laide passe juste à
côté d’eux.
Marine : Parle-lui. Les thons, c’est plus ton
genre que les sirènes…
Kevin : Marine. Je t’aime !
Marine : Ne raconte pas n’importe quoi ! Mon
grand-père déteste naviguer et il m’a offert un
bateau, parce qu’il m’aime… lui.
On aperçoit les voiliers qui sont fins prêts pour le
départ et ensuite, on voit Marine qui est aux commandes de son
bateau. La jeune fille est filmée en gros plan. Juste après,
on assiste au départ de la course. On remarque la présence
de Jean-Paul qui est debout sur le quai. Il est rejoint par Kevin.
Jean-Paul : Mais ce n’est pas vrai. Qu’est-ce
qu’elle fiche ?
Kevin : Elle prend un mauvais départ ta
championne. Hum ! Ça ne me surprend pas.
Jean-Paul : Pourquoi dis-tu ça ?
Kevin : Marine se prend pour la meilleure, mais dans
une vraie compétition, elle montre ses limites.
Jean-Paul : Ça a l’air de te faire
plaisir !
Kevin : Pour être franc, je ne voulais pas
qu’elle participe à cette course.
Jean-Paul : De quel droit tu veux gérer sa vie ?
Kevin : On s’est engueulé avant la course.
T’en a de la chance, le moniteur…
Jean-Paul : Qu’est-ce que tu sous-entends ?
Kevin : Que tu vas peut-être la récupérer.
Profites-en !
Jean-Paul : Mais tu es nul pour sortir une bêtise
pareille.
Kevin : Tu crois que je ne te voyais pas la regarder
avec tes petits yeux vicelards ? Ça n’a pas l’air
de te déplaire d’être moniteur…
Jean-Paul : T’as rien compris. T’es qu’un
petit imbécile. Marine c’est comme ma petite sœur.
Ce que tu peux être parano.
Kevin : Je devrais peut-être voir un psy ?
Jean-Paul : Tu ferais bien. T’es peut-être
jaloux de moi, mais c’est rien comparé au don que
possède Marine et que tu n’auras jamais.
Kevin : Pardon ?
Jean-Paul : Regarde la vérité en face.
T’es orgueilleux et t’es un skipper très moyen.
Marine, elle est géniale et tu ne supportes pas qu’elle
soit brillante… elle.
Kevin : Je suis nul… peut-être ?
Jean-Paul : Non, mais c’est limite.
Kevin : Je crois que tu n’as pas très bien
compris. La mer, c’est trop dangereux et je ne veux pas qu’elle
prenne des risques.
Jean-Paul : Ne te donne pas bonne conscience. Tu sais
bien que si Marine travaille derrière un ordinateur, c’est
beaucoup plus dangereux pour elle que d’affronter des tempêtes.
Kevin : Elle risque peut-être de s’électrocuter
en tapant sur les touches d’un clavier.
Jean-Paul : Tu vois Marine devenir secrétaire.
C’est le suicide assuré. Cette fille a besoin d’espace
et de liberté. On ne met jamais une sirène dans un
aquarium.
Kevin : T’as peur qu’elle se noie dans
les larmes de son chagrin ?
Jean-Paul : Ce sont des mots que Marine a écrit
pour son grand-père et ce texte est magnifique. Même si
elle est souvent plus douée pour jeter l’ancre sur un
bateau que sur une feuille de papier.
Kevin : Je ne la mérite pas. C’est ça ?
Jean-Paul : Je vous connais bien, je vous ai eu tous
les deux comme élèves. Je peux te dire une chose
Kevin, c’est que tu n’arriveras jamais à la
cheville d’une fille comme elle.
Kevin : Tu lui arrives à la cheville, toi,
peut-être ?
Jean-Paul : Non, mais moi… j’en suis
conscient.
Il est sous-titré sur l’écran « deux
jours plus tard », le bateau est au milieu d’une
tempête, le haut du mat est arraché et l’on voit
Marine qui le ramasse.
Marine : Et zut… C’est finit.
Il est écrit sur l’écran « trois jours
plus tard » et l’on voit le bateau dans lequel se
trouve Marine qui avance au ralenti. On remarque la présence
de l’adolescente qui est filmée en gros plan.
Marine : Je suis nulle, mais nulle, mais nulle, nulle,
nulle ! (La jeune fille se laisse tomber par terre et elle donne
des coups de poings de rage sur la coque du bateau.)
On revoit Marine qui est toujours filmée en gros plan, mais
cette fois-ci, l’adolescente se tient droite pour être
digne malgré la défaite.
Marine : Je ne veux pas faire honte à papy. Je
veux être digne, même si j’ai envie de pleurer. Mon
grand-père m’attend avec Kevin et Jean-Paul. Ils sont
trop mignons.
Jean-Paul : Elle est géniale !
Kevin : Tu trouves ?
Jean-Paul : Regarde comme elle est fière. C’est
la meilleure, même dans la défaite.
Le bateau arrive au port et Marine descend ensuite de son voilier.
Marine : Vous êtes tous là. C’est
génial !
Victor : Il n’y a pas de caméra. Il n’y
a pas de télé. Il n’y a que nous.
Marine : J’ai mon fan-club. C’est
l’essentiel. Non ?
Marine se jette dans les bras de son grand-père et elle
pleure.
Marine : Papy. Je te demande pardon.
Victor : Pourquoi tu t’excuses, ma puce. T’as
fait de ton mieux. Que tu finisses première ou dernière,
ça ne change rien. Je suis fier de toi.
Marine : Pourtant j’ai été en
dessous de tout. Je n’aurais plus de sponsors pour la prochaine
course. On est ruiné. Le bateau est dans un triste état.
Je m’en veux.
Victor : Il ne faut rien regretter Marine. On a voulu
croire à notre rêve. On a été jusqu’au
bout. C’est l’essentiel.
Marine : L’essentiel c’était que mon
rêve devienne réalité, mais ce n’est pas le
cas, je n’ai pas gagné.
Jean-Paul : Tu as honte, Marine ?
Marine : Ouais ! Je suis seulement fière de
l’avouer.
Jean-Paul : Moi aussi, j’ai honte de toi.
Marine : T’es déçu parce que je
deviendrais jamais une championne, c’est ça ?
Jean-Paul : Non, c’est pas ça. Quand on
fait une promesse, on la tient.
Marine : Tu m’as dit : « Marine
doit rester Marine. » Et je ne suis plus moi. C’est
ça ?
Jean-Paul : La Marine que j’ai connu, c’était
une battante et c’était une gamine admirable qui ne se
démontait jamais. C’est elle que je veux retrouver.
Marine : Je voudrais bien redevenir moi-même et
avoir de nouveau envie de gagner. Mais pour se battre, il faut une
arme et moi, je n’ai plus de bateau.
Kevin : Marine. Viens ! Il faut que je te dise
quelque chose.
Marine : Je t’écoute.
Kevin : Je veux te voir… seule.
Marine : Excusez-moi.
Victor : On sait ce que c’est...
Marine et Kevin font quelques mètres pour se retrouver seuls
et ils s’arrêtent de marcher une fois qu’ils sont
suffisamment loin.
Marine : De quoi veux-tu me parler ?
Kevin : Marine. Je m’excuse d’avoir été
aussi nul. Tu sais, j’ai du mal à accepter que t’es
trop génial pour moi.
Marine : Dis pas n’importe quoi !
Kevin : Tu es la plus sexy des navigatrices et j’ai
toujours été jaloux, mais pas de Jean-Paul...
Marine : Mais… d’un bateau.
On aperçoit le voilier en gros plan.
Marine : Je sais bien que t’es jaloux. C’est
comme ça. C’est tout.
Kevin : Non, tu as été en dessous de
tout. T’étais complètement nul.
Marine : Tu m’engueules en plus ?
Kevin : Non, c’est pas à toi que j’en
veux...
Marine : J’aimerais que tu m’expliques.
Kevin : Ne fais pas l’idiote. T’as été
perturbé et tu as commis des erreurs de débutants. Et
comme par hasard, on s’est engueulé avant le début
de la course.
Marine : Ce n’est pas de ta faute. On fait tous
des erreurs.
Kevin : T’es adorable. Je
te payerai un bateau.
Marine : Avec toi. Je veux bien attendre 10 ans.
Kevin : Je crois que tu n’as pas très bien
compris. La semaine prochaine, tu participeras au Vent du golf clair.
Marine : T’es nul ! Avec quel argent ?
Kevin : J’ai fais des petites économies et
j’ai aussi de l’argent en bourse.
Marine : T’es fou ? Et tes études ?
Kevin : Je m’en fiche ! Je ne voulais pas
que tu deviennes une championne par égoïsme et rien que
par égoïsme.
Marine : Je ne veux pas que tu te sacrifies pour moi.
Kevin : Tu sais, Marine ? J’ai compris ce
que le mot « aimer » veut dire et ma définition
est plus valable que celle du dico.
Marine : C’est quoi ta définition ?
Kevin : J’ai compris que lorsque l’on aime
vraiment quelqu’un, son bonheur passe toujours avant le sien.
J’ai discuté avec Jean-Paul et il m’a fait
comprendre pas mal de choses.
Marine : Tu ferais ça pour moi ?
Kevin : Mouais. J’ai beaucoup appris quand j’ai
entendu le poème qu’une petite fille a écrit pour
son grand-père et qui disait : « J’avais
un papa et aussi une maman, mais ils m’ont abandonné. Je
suis orpheline sans qu’ils soient morts, c’est pire que
s’ils l’étaient vraiment. Quand quelqu’un
meurt sans nous décevoir, on conserve de lui un souvenir qui
vivra pour toujours et qui restera éternel. Mes parents ne
sont pas morts, mais j’ai enterré leurs souvenirs dans
les catacombes de l’oubli. J’ai même failli me
noyer dans les larmes de mon chagrin, mais papy m’a sauvé
de la noyade et je suis devenue une sirène qui adore la mer.
Je sais qu’il n’aime pas la voile, mais quand on aime
quelqu’un, on doit respecter sa passion, car on veut que la
personne qu’on aime soit heureuse et c’est seulement si
elle le devient qu’on le devient aussi. Et je veux réussir
pour que tu sois fier de moi de façon à ce que j’arrive
à ta hauteur en escaladant cette montagne d’amour. Rien
que d’y penser, cela me donne le vertige, tellement je
t’admire. » Ton texte est plus que génial.
Marine : Tu sais ? Je pourrais en écrire
une nouvelle version, car tout le bien que je pense de papy, c’est
valable pour toi aussi.
Kevin : Je t’adore, Marine.
Les deux amoureux s’embrassent sur la bouche.
Kevin : Il faudra qu’il porte un nom ton bateau.
Comment vas-tu l’appeler ?
Marine : L’encre de Marine.
Kevin : T’écris ça comment ?
Marine : Encre va s’écrire avec un E.
On aperçoit le voilier sur lequel il est écrit
« l’Encre de Marine ». Juste après
intervient Jean-Pierre Colfoux qui commente la course en compagnie
d’Alain Tirlanot. Jean-Pierre Colfoux est filmé en gros
plan pour commenter le début de la course.
VOIX-OFF DE JEAN-PIERRE COLFOUX : Cette course réunit
les meilleurs skippers du moment, c’est-à-dire James
Calbourth, Phil Magnesson et Yvon Almanec. Le Breton a été
très flatté d’apprendre qu’il possède
comme groupie une jeune fille qui participe à cette course. On
peut dire de Marine Philister que c’est une débutante,
car pour elle, c’est la première course où elle
doit affronter de vrais professionnels. Même pour les
spécialistes, cette jeune fille est considérée
comme un grand mystère, car on ne sait rien d’elle, on
ne connaît pas son parcours et l’on ne sait pas de quoi
elle est capable, il est donc très difficile d’évaluer
son niveau et surtout de savoir si elle a une chance de finir la
course. Mais d’après Alain Grosni qui est l’un des
participants de cette épreuve, il prétend la connaître
un peu, car il a navigué avec elle à l’école
de voile de Saint-Jacques-sur-Mer et il a même été
tellement impressionné par cette jeune fille qu’il n’a
pas hésité à dire que c’est la nouvelle
Florence Arthaud.
On voit Jean-Paul qui est sur le quai et son ancien moniteur attend
le début de la course.
Jean-Paul : Comparer Marine à Florence Arthaud…
(Il lève les yeux au ciel.)
Kevin : Moi, je trouve que c’est flatteur.
Jean-Paul : Oui. Florence était douée,
même très douée. Mais Marine est unique et la
seule personne qu’on peut comparer à Marine, c’est
Marine. La comparaison avec cette championne serait flatteuse pour
n’importe qui… sauf pour elle.
Kevin : Elle te fait craquer parce qu’elle est
différente des autres filles.
Jean-Paul : Kevin. Je t’ai dit des mots très
durs l’autre jour et je m’en excuse. Je voulais te dire
que je ne les pensais pas.
Kevin : Je sais, Jean-Paul. Je ne t’en veux pas,
au contraire, j’avais besoin d’être secoué.
Jean-Paul : Kevin, je voulais te dire…
Kevin : Quoi ?
Jean-Paul : Je voulais juste que tu saches que ce que
tu as fait pour Marine, enfin… je trouve ça génial.
Les deux hommes se font une accolade.
Jean-Paul : Grâce à toi. Elle va courir
dans de biens meilleures conditions...
Kevin : Tu crois qu’elle peut gagner ?
Jean-Paul : Je ne pense pas… C’est sa
première course et puis, elle manque d’expérience.
Mais pour Marine, rien n’est impossible. Si seulement, j’avais
une boule de cristal…
Kevin : Moi, je n’ai pas besoin d’en avoir
une pour être super optimiste… Quelque chose me dit
qu’elle va gagner. Je ne peux pas te dire pourquoi. Je le sais.
Jean-Paul : Je me méfie des pressentiments. Ne
confonds pas la voyance avec les gens qui voient la fille qu’ils
aiment en la fixant avec un regard amoureux.
Kevin : C’est plus fort que moi. J’y
crois !
Jean-Paul : Remarque… Moi aussi.
On aperçoit les voiliers partir pour le départ officiel
de la course et l’on voit le bateau sur lequel se trouve Marine
prendre un excellent départ.
On voit juste après le bateau d’Yvon Almanec suivit de
« l’Encre de Marine », d’où
l’adolescente est montrée en gros plan.
VOIX-OFF DE JEAN-PIERRE COLFOUX : Le catamaran d’Yvon
Almanec et celui de la jeune Marine Philister ont pris un départ
tonitruant et ces deux voiliers laissent sur place tous leurs
concurrents à la surprise générale.
On voit le catamaran sur lequel se trouve Yvon Almanec et ce dernier
est ensuite filmé en gros plan.
VOIX-OFF DE JEAN-PIERRE COLFOUX : Heureusement qu’Yvon
Almanec est égal à lui-même, car je vous
avouerais que je suis déçu par le départ
catastrophique de certains concurrents qui prennent généralement
des départs qui n’ont rien de comparable à celui
de cette course.
On aperçoit « l’Encre de Marine »
filmée en gros plan et il est sous-titré : « 3e
jour de mer ».
VOIX-OFF DE JEAN-PIERRE COLFOUX : On notera que la
groupie d’Yvon à vraiment l’air d’être
une concurrente qu’il ne faut pas prendre à la légère.
Il est sous-titré : « 5e jour de
mer ». On voit Marine sur son bateau, au milieu de vents
violents, suivit d’Yvon Almanec et la caméra film un
catamaran suivit de son concurrent en passant sans arrêt de
l’un à l’autre.
VOIX-OFF DE JEAN-PIERRE COLFOUX : Nous allons enfin
savoir qui va gagner cette course entre Yvon Almanec et Marine
Philister. Le suspense bat son plein, car les deux adversaires qui
ont pourtant pris des chemins très différents vont
bientôt franchir la ligne d’arrivée et ça
se joue dans un mouchoir de poche. Je vous avouerai que l’on ne
connaissait pas le niveau de Marine Philister et pour être
honnête, je crois que tout le monde l’avait sous-estimée
et pour être franc, je faisais partie des gens qui ne la
prenaient pas au sérieux. Je croyais que son manque
d’expérience serait un très lourd handicap pour
sa première course et visiblement, il n’en est rien. Je
pensais que cette charmante demoiselle commencerait à prouver
sa valeur au bout de quelques mois de compétitions. Marine
Philister est en tête, il faut croire que l’élève
a déjà dépassé le maître, car il
semblerait qu’elle soit la première à franchir la
ligne d’arrivée.
On aperçoit Yvon Almanec qui est filmé en gros plan en
train de naviguer.
VOIX-OFF D’ALAIN TIRLANOT : Désolé
de vous contredire Jean-Pierre, mais Yvon est un vieux loup de mer et
il a pris une route parallèle à celle de sa jeune
concurrente et il risque de repasser devant, j’ai bien peur
qu’il la dépasse et qu’il gagne la course sur le
fil du rasoir. Ce qui serait terrible pour son adorable challenger.
On voit les deux catamarans filmés l’un après
l’autre et on passe d’un voilier à l’autre
en vitesse accélérée.
VOIX-OFF DE JEAN-PIERRE COLFOUX : Quel suspense !
Je n’ai jamais vu ça. Jusqu’à la dernière
seconde, les deux skippers nous tiennent en haleine. Attention !
Attention !
On aperçoit Yvon Almanec franchir la ligne d’arrivée,
il lève ensuite les bras au ciel en signe de victoire.
VOIX-OFF DE JEAN-PIERRE COLFOUX : Ce n’est pas
vrai ! Yvon Almanec vient de franchir la ligne d’arrivée.
C’est épouvantable pour notre Marine Nationale. Oh,
oui ! Cette jeune fille porte ce surnom à merveille, car
c’est une héroïne que notre pays n’est pas
prêt d’oublier.
On voit le catamaran de Marine filmée d’assez loin pour
ne pas distinguer la jeune skippeur.
VOIX-OFF DE JEAN-PIERRE COLFOUX : C’est triste
pour notre petite Marine, mais elle restera la grande héroïne
de cette course.
VOIX-OFF D’ALAIN TIRLANOT : La pauvre petite…
Elle va être en larmes.
VOIX-OFF DE JEAN-PIERRE COLFOUX : Elle risque d’être
inconsolable ! Pauvre gamine…
On voit « l’Encre de Marine » qui
franchit à son tour la ligne d’arrivée et
l’adolescente descend juste après de son catamaran en
ayant le sourire jusqu’aux oreilles. Alain Tirlanot rejoint
Marine à son arrivée.
Marine : Je suis contente, mais contente. Qu’est-ce
que j’ai eu peur ! Le suspense s’était
horrible. Heureusement que ça s’est super bien fini.
Alain Tirlanot : Marine. Je
suis désolé, mais je crois que vous vous êtes
trompé. Vous finissez deuxième.
Marine : Traitez-moi d’idiote pendant que vous y
êtes ! J’ai eu peur de gagner.
Alain Tirlanot : Comment ça ?
Marine : J’admire Yvon. C’est mon idole !
C’est lui le meilleur ! Je suis contente qu’il ait
gagné, car j’ai eu beaucoup de chance et j’aurai
eu mauvaise conscience si j’avais gagné.
Alain Tirlanot : C’est incroyable ! Je ne
comprends pas.
Marine : Il avait mieux calculé la trajectoire
de la course que moi. J’ai eu de la chance que certains vents
ont été favorables. J’espère le battre la
prochaine fois ; il faudra que je change de stratégies,
mais ce sera très dur. J’ai encore tout à
apprendre de lui et Yvon n’a rien à apprendre d’une
gamine comme moi.
Alain Tirlanot : Je n’en reviens pas ! Elle
est merveilleuse ! Quelle fraîcheur ! Cette ado est
surprenante.
Jean-Pierre Colfoux est filmé en intérieur jour et en
gros plan dans son studio.
Jean-Pierre Colfoux : Elle est adorable. Cette gamine
est mignonne à croquer. Ça ne m’étonnerait
pas que notre « Marine Nationale » ait déjà
conquit le cœur des Français.
On aperçoit une femme filmée en extérieur jour
et qui pleure toutes les larmes de son corps, alors un spectateur
vient la voir pour la consoler.
Un spectateur : Pourquoi pleurez-vous, madame ? Ce
n’et pas si triste que ça. Cette gamine va en gagner des
courses. Elle a tout l’avenir devant elle. Croyez-moi !
Sylvie : Ce n’est pas pour ça que je
pleure.
Un spectateur : Pourquoi, alors ?
Sylvie : Je suis sa mère.
Marine est assise dans un studio en intérieur jour au milieu
des caméras pour répondre aux questions des
journalistes et c’est sa première interview.
Jean-Pierre Colfoux : Marine. On va célébrer
vos retrouvailles avec quelqu’un qui vous est cher.
Alain Tirlanot : Il paraît même que c’est
votre fan le plus assidu. Il n’a pas manqué une miette
de la course et ce n’est pas n’importe quelle groupie.
Croyez-moi ! Puisqu’il s’agit de votre père.
On aperçoit Emmanuel qui était caché et il va
voir sa fille, accompagné de Patricia avec laquelle il s’est
remarié.
Emmanuel : Oh, ma chérie ! T’es la
meilleure ! Je l’ai toujours su.
Marine se lève, elle lui donne une gifle des plus violentes.
Marine : `je ne veux plus te voir !
Emmanuel : C’est dommage ! Je voulais te
présenter ta belle-mère. Elle aussi… elle
t’adore.
Marine fait semblant de chercher cette femme, et elle fait mine de ne
pas la voir.
Marine : Elle est où celle-là ? Pour
moi… elle n’existe pas !
Patricia : Quel affront !
Emmanuel : Viens, chérie !
Emmanuel prend Patricia par le bras et ils s’en vont tous les
deux dans le plus grand silence, car tous les spectateurs qui
viennent d’assister à la scène restent sans voix,
tellement ils sont stupéfaits.
Jean-Pierre Colfoux : Vous pouvez vous rasseoir,
Marine. Si vous voulez !
La jeune championne se rassoit.
Jean-Pierre Colfoux : Pourquoi avez-vous réagit
aussi violemment à l’égard de votre père
qui aurait tellement aimé reprendre contact avec vous ?
Marine : C’est pourtant très clair. Mon
père ne s’est jamais occupé de moi. C’est
un opportuniste qui s’est rappelé qu’il avait une
fille aujourd’hui que j’ai une certaine notoriété.
C’est un peu trop facile. Vous ne croyez pas ? Je voudrais
dire un grand « merci » aux gens qui ont
toujours été à mes côtés tout
simplement parce qu’ils m’aiment. Je voudrais tout
d’abord remercier Jean-Paul, c’est lui qui m’a
formé et qui m’a appris tous ces petits trucs qui font
la différence. Si j’ai aussi bien couru aujourd’hui,
c’est en grande partie grâce à lui. Sans
Jean-Paul, je ne serais rien et puis, c’est surtout mon
meilleur ami, il me comprend toujours et il est génial. Je
voudrais aussi dire merci à mon copain...
Les spectateurs poussent des sifflements.
Marine : Les jaloux…
Jean-Pierre Colfoux : Oh ! Je les comprends un
peu. Toute la France est amoureuse de vous et ce n’est qu’un
début, il faudra vous y habituer, car vous êtes
tellement adorable que vous créez bien des convoitises.
Marine : Merci, Jean-Pierre. Donc je disais que Kevin a
sûrement commis des erreurs, il ne m’a pas toujours
compris, mais il a su se rattraper. Je voudrais lui dire merci, car
il s’est sacrifié pour me payer « l’Encre
de Marine », il a pris un risque énorme et c’est
la plus belle preuve d’amour qu’il pouvait me donner.
Merci Kevin.
Jean-Pierre Colfoux : Aujourd’hui, il ne doit pas
le regretter…
Marine : Je l’espère… Et puis, je
voudrais dire « merci » à la personne
auquel je dois le plus, c’est mon grand-père. Sans lui,
je ne serais rien, mais parents m’ont abandonné, j’ai
appris que ma mère a eu de gros problèmes
psychologiques et mon père, c’est le dernier des
vauriens. Il a quitté ma mère pour aller avec une
femme, avec qui il s’est remarié. Mon grand-père
m’a élevé, il n’a jamais eu beaucoup
d’argent, mais avec lui, j’ai toujours eu l’essentiel,
car je n’ai jamais manqué d’affection. Il s’est
sacrifié et il a toujours cru en moi ; il a même
failli être ruiné parce qu’il m’a donné
toutes ses économies pour me payer un bateau. Je me suis
disputée avec Kevin juste avant la course et j’ai été
lamentable. Heureusement que Kevin s’est rattrapé en
m’offrant « l’Encre de Marine ».
Jean-Pierre Colfoux : Pourquoi votre catamaran
porte-t’il ce nom-là ?
Marine : Quand j’étais petite, j’ai
écrit un petit texte que j’ai lu à mon grand-père
pour lui montrer jusqu’à quel point je l’aime et
aussi, ce texte veut dire qu’il faut toujours respecter les
ambitions de ses proches, même si on ne les partage pas. Papy
l’a très bien compris et si je suis arrivée là,
ce n’est pas par hasard.
Jean-Pierre Colfoux : Vous vous souvenez de ce texte ?
Marine : Je le connais par cœur. Vous voulez que
je vous le récite ?
Jean-Pierre Colfoux : Avec plaisir !
On aperçoit la mer et on voit les vagues qui meurent sur la
plage en écoutant le texte que Marine avait écrit pour
son grand-père quand elle était petite.
Marine : J’avais un papa et aussi une maman, mais
ils m’ont abandonné. Je suis orpheline sans qu’ils
soient morts et c’est pire que s’ils l’étaient
vraiment, car quand quelqu’un meurt sans nous décevoir.
On conserve de lui un souvenir qui vivra pour toujours et qui restera
éternel. Mes parents ne sont pas morts, mais j’ai
enterré leurs souvenirs dans les catacombes de l’oubli.
J’ai même failli me noyer dans les larmes de mon chagrin,
mais papy m’a sauvé de la noyade et je suis devenue une
sirène qui adore la mer. Je sais qu’il n’aime pas
la voile, mais quand on aime quelqu’un, on doit respecter sa
passion, car on veut que la personne qu’on aime soit heureuse,
et c’est seulement si elle le devient qu’on le devient
aussi. Et je veux réussir pour que tu sois fier de façon
à ce que j’arrive à ta hauteur en escaladant
cette montagne d’amour, car j’ai le vertige quand je
regarde papy tellement je t’admire.
Je t’aime papy.
Marine.
On continue de voir les vagues qui meurent sur la plage et on entend
plus que le bruit du vent, quand tout à coup, on entend les
trois voix-off.
VOIX-OFF DE JEAN-PAUL : Marine, reste toujours Marine.
VOIX-OFF DE VICTOR : Même si tu deviens un grand
marin reste avant tout Marine.
VOIX-OFF DE KEVIN : Je suis amoureux de toi, mais pas
de la championne, même si je l’admire... Marine.
La signature qui écrit sur l’écran « l’Encre
de Marine » apparaît lorsque que l’on entend
plus les trois voix-off.
FIN
|